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POÉSIES DE MON CŒUR (i)

Notes sur l'écriture : spontanéité, sincérité... et après ? (2)

(note publiée le 21 novembre 2014 - suite de la note du 27 septembre)
Tout est donc question de choix entre les mots issus directement d'une émotion, d'une intuition, d'un sentiment qu'on voudrait partager, et ceux qui viennent ensuite, tout aussi sincères mais plus réfléchis.

En photographie, j'ai éprouvé à maintes reprises cette impression que quelque chose ne va pas, que cette image ne reflète plus vraiment ce que j'ai vu au moment où je l'ai prise, ou plutôt qu'elle traduit bien mal ce que j'ai ressenti en appuyant sur le bouton. C'est que les conditions de prise de vue ne sont pas les mêmes que celles qui président quand on regarde - et encore moins pour l'autre, qui n'a pas connu l'instant photographié. Où sont les bruits, les odeurs, les sons, les voix, la caresse du vent, etc. ? En photo, il faut prendre le temps du recul et choisir les images à garder longtemps après qu'elles ont été prises.

En poésie, le premier jet, c'est un peu la photo juste faite et qu'on veut montrer tout de suite. Ces mots qui s'arrachent de nous, qui expriment, parfois avec force, violence, détermination, nos ressentis, nos envies, nos peurs, nos peines et nos joies, résonnent en nous parce que c'est nous. Mais le poème est destiné à l'autre ! Et la force des mots retombe vite. Je ne saurais parler à la place de quiconque, mais je suis presque sûr que les poètes, célèbres ou non, adeptes de la prose ou du vers (avec ou sans rimes) passent beaucoup de temps à l'écriture. En tout cas, pour ce qui me concerne, si la maîtrise des mots, de leur sens, de leurs nuances est évidemment au cœur du processus d'écriture, cette maîtrise n'est jamais (ou rarement) acquise si je me laisse aller à écrire librement ce qui me passe par la tête (mais je reconnais que l'écriture dite automatique, qui fait partie des outils poétiques depuis les surréalistes, peut donner quelques textes lisibles).

Voilà comment on se rend compte qu'ici comme ailleurs, tout est question de mesure. La panoplie de petit poète ? Du papier, un crayon, deux ou trois dicos (¹), un peu d'inspiration et beaucoup de travail !
(¹) Contrairement à une idée reçue, le dictionnaire de base (définitions des mots de la langue française) et celui des synonymes sont plus utiles et plus consultés que le dictionnaire des rimes.