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POÉSIES DE MON CŒUR (a) POÉSIES DE MON CŒUR (af) POÉSIES DE MON CŒUR (i)

Paul et Anna

(note publiée le 16 août 2023)
Je me suis souvent demandé pourquoi la poésie était un peu l'enfant pauvre de la littérature... J'entends par là que la poésie passe pour être un genre « difficile » et « pas fait pour n'importe qui ».

Bref : « La poésie ? Ce n'est pas pour moi, je n'y comprends rien ! »

Je ne prétends pas savoir absolument pourquoi la poésie est trop fréquemment rejetée mais disons que j'ai un début de semblant de réponse. Permettez-moi de vous en faire part.

Prenons deux anthologies. Ah, les anthologies ! Elles permettent certes de découvrir quelque auteur malmené par la postérité – et par les éditeurs, car un poète, aussi talentueux soit-il, n'a guère de chance de trouver des lecteurs s'il est ignoré des éditeurs. Curieusement, les anthologies bénéficient (à tort) d'une des qualités attribuée (à raison) aux bons dictionnaires, j'ai nommé l'objectivité. Or, rien n'est subjectif comme une anthologie. Toute anthologie est signée et le lecteur devra passer par les choix de son auteur. Tiens, au passage, je veux rendre un modeste hommage à Charpentreau pour son « Dictionnaire de la poésie française », fort bien fait et complètement subjectif de l'aveu de son auteur, mais d'une subjectivité assumée.

Donc, prenons deux respectables anthologies et cherchons ce qu'on peut y lire concernant Paul et Anna...
Paul et Anna
« Mille et cent ans de poésie française » est l'œuvre de Bernard Delvaille (éditions Robert Laffont). Quant aux deux volumes de l'« Anthologie de la poésie française » de la Pléiade, ils sont signés de multiples auteurs ; celui qui nous intéresse ici est Michel Collot pour la partie XXe siècle.

J'ai eu cette curiosité, de chercher dans ces deux estimables ouvrages, les sections consacrées à Paul (Claudel) et à Anna (de Noailles).
Paul et Anna
Chez Delvaille, Paul Claudel a droit à 21 pages, Anna de Noailles à 3 pages. À la Pléiade, on compte respectivement 11 pages pour Claudel et... 1 page pour Noailles. Dans ces conditions, comment voulez-vous que la poésie soit considérée ? Entendons-nous bien : le visiteur qui passe sur cette page et qui est un inconditionnel de Claudel est le bienvenu mais qu'il veuille bien reconnaître que les poèmes (sans versification) du susnommé n'ont pas le charme et encore moins la sonorité des vers de madame de Noailles. La poésie, c'est de la musique sans notes. N'est-ce pas cette musique qui séduit le lecteur ? Mes souvenirs d'école me ramènent à des poésies rythmées, chantantes (ah, ce bon La Fontaine !) et c'est ce chant qui m'est resté et qui m'a probablement incité à versifier comme je le fais. Et pour vous ? La poésie est-elle musique ?

Accessoirement – mais est-ce si accessoire ? – vous avouerai-je qu'en lisant Claudel, je m'ennuie à cent sous de l'heure ? Bon, me direz-vous, il ne s'agit que de mon ressenti, sauf que je ne suis certainement pas le seul dans ce cas.

Dans ces conditions, pas étonnant d'entendre : « La poésie ? Ce n'est pas pour moi, je n'y comprends rien ! »

Certes, la versification n'est pas une recette magique. Les vers sans rythme, les rimes pauvres à foison et par-dessus tout, l'absence de conviction ne peuvent qu'engendrer des poèmes sans grand intérêt. Pour autant, si on avait promu davantage la poésie avec des vers et qui a des choses à dire, des choses simples, des sentiments, des situations que toutes et tous partagent, l'amour, l'amitié, la mort, la vie surtout, peut-être que la poésie serait mieux considérée.

Pourtant l'honorable M. Claudel est un amateur face à la caste des pseudo-poètes de la fin du XXe siècle, ces branleurs de cervelles au langage incompréhensible. On l'aura compris, je n'apprécie pas Claudel, cependant l'homme reste lisible. Mais que dire des charlatans qui osent ce genre d'inepties : pour consoler l'angle perdu
dont je porte le deuil

il faut qu'une enfance agonise...
Ou : .... Jaune
vous déporta.
Désert gris nous absout.
Regard posé
nous absout.
Un dernier ? qu'est-ce qui nous fait vivant

la main se lève noire
la bouche est pleine du tu

chacun rêve d'une moitié
un toi mis à nu
Le troisième sans ponctuation, ça fait plus chic. Mais là où l'Apollinaire et Aragon savaient y faire, qui dire du guignol auteur de ces vers lamentables ?

Je sais que c'est difficile à croire mais ces exemples sont réels, je les ai empruntés à l'anthologie de la Pléiade. J'ai omis le nom des auteurs pour ne pas faire de battage autour de ces fossoyeurs de la poésie. Je n'ai présenté là que des extraits (je tiens à la santé mentale de mes lecteurs) mais qu'on se rassure : les versions intégrales restent totalement incompréhensibles pour le commun des mortels, bref : c'est pire.

Et voilà peut-être pourquoi de malheureux lecteurs s'écrient : « La poésie ? Ce n'est pas pour moi, je n'y comprends rien ! »

Vive la versification, le rythme des vers qu'on scande et les rimes qui les font chanter. Vive les poèmes clairs, joyeux ou tristes mais vivants !
P. S.: Le visiteur lira avec intérêt, je n'en doute pas, la note qui reprend l'article de Pierre Jourde : « La machine à poésie ».