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POÉSIES DE MON CŒUR (i)
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Ternay

C'est un chemin pavé qui se glisse au milieu
De deux parapets gris tachés de lichen vert
Sur la digue élevée autrefois en ce lieu,
Ce ravin où jadis coulait un ruisseau clair.
La gorge a disparu avec l'étroit passage
Quand les hommes d'ici dirent : « Le bel endroit,
Ce torrent qui se rue : construisons un barrage.
Eau, précieuse aussi bien que trône pour roi... »

Je suis celui qui vient, à l'allure tranquille,
Pourquoi se dépêcher ? Il fait bon, il fait beau,
Je raccompagne un chien rentrant à Écuville,
Le village perché au-dessus du plan d'eau.
Gloire à la gent canine au regard languissant...
Quand l'animal arrive à sa niche en bois peint,
Je quitte la colline où l'allée qui descend
Me ramène à la rive où vivent les grands pins.

Je prends le petit pont ; là le courant qui naît
Dans les monts du Pilat se jette dans le lac
En lui donnant son nom : « Je m'appelle Ternay,
Je descends, me voilà, entre adret et ubac. »
Le tablier de bois résonne sous les coups
Des pas d'un promeneur qui franchit le ruisseau,
Médor a soif, il boit, les pieds dans le remous
Puis gagne l'autre bord en quatre petits sauts.

Je marche en chantonnant quelque vieille rengaine
Qui parle d'un royaume où l'ombre et le soleil,
Mariage étonnant, se lient et se soutiennent.
Au Ternay c'est tout comme, on veut faire pareil :
Sur la route qui tourne au bon gré du rivage,
Je vais dans la lumière aride de l'été
Puis soudain je m'enfourne au détour d'un virage
Dans un tunnel ouvert sous la sombre futaie.

Sur la jetée, travers qui dépasse et s'élance
Lorsque le flot s'écoule avec retenue, je
Vois passer un colvert ; un galopin s'avance
Et lui lance une boule en mie de pain. Le jeu
Semble plaire à l'oiseau. Sachez, qu'on se le dise,
Que, promis, les canards du Ternay dès demain
Sauront résister au péché de gourmandise.
« Reviens, il se fait tard ! » crie la mère au gamin.

Jolis bancs du Ternay, racontez-moi... Flâneur
Cherchant quelque repos à l'ombre des sapins,
Famille d'Annonay ou famille d'ailleurs,
Monsieur portant chapeau, rêveur au calepin,
Jeune couple amoureux, grands-parents assagis,
Fillette en robe à pois, photographe au trépied,
Petit garçon peureux et qui se réfugie
Sur son bateau de bois pour ne pas se noyer.

C'est ainsi que l'on vit autour du lac bleuté...
Le pêcheur à la ligne écoute le flatteur,
Une dame ravie entend tout excitée
Un poète très digne aux accents d'orateur.
Le tireur joue sa boule en mimant le courroux
De celui que le bruit empêche de viser,
Un cycliste qui roule assis entre ses roues
Tranquillement s'enfuit pour mieux se raviser.

Le temps va, moi je suis à l'allure tranquille,
Quand le monde entier court il n'est que de traîner,
Tu as fait aujourd'hui le tour de la grand-ville
Et moi j'ai fait le tour du bassin du Ternay.
Ce soir je veux rêver seul et silencieux,
Nul son, nul mot, nul cri au bord du lac désert,
Ni sur la voie pavée qui se glisse au milieu
Des deux parapets gris tachés de lichen vert.
Davézieux, vendredi 20 septembre 2013
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